Dimanche 28 février 2010 à 1:36

http://arkino.cowblog.fr/images/photos/tempete.jpg 
"Dehors. Le Vent.

Dedans. La tempête.

Moi au milieu. Qui brûle d'être dehors. 

Qui gèle en dedans."


Les rafales manquent de détruire mon volet, et je m'étais dit que je me coucherais avant minuit. Sous les tuiles, le vent hurle et la tempête fait rage. Je ne peux m'empêcher de penser "Kant. Le Sublime. Kant. Le Sublime." comme un tic tac d'horloge trop bien huilée. 


Sur la rocade, après avoir déposé Julie dans son train pour la capitale. Jouant du frein pour ne pas trop avancer dans les bouchons. Le Ciel. Menaçant. De lourds nuages noirs. La perspective dégagée des bâtiments toujours trop hauts, toujours trop grands. Les nuages. Les voitures en dessous, y fonçant inexorablement. Une véritable peinture au soleil couchant. Des bleus, des noirs, des verts. Un peu de Orange parfois. Les phares rouges. Je pense " ce sont des couleurs", pas de ces couleurs fadasses que l'on ne remarque pas. Ces couleurs qui pénètrent directement l'âme et qui résonnent partout. Puis les éclairs, le vent, j'ouvre la fenêtre. 


Je ne vis plus que pour la contemplation. Pour ce moment où je n'existe plus, mais où je suis dans la nature qui se déchaîne. Je suis dans l'observation désintéressée, déraisonnée des formes et des couleurs. 


Ce soir c'est différent. Le vent qui cogne m'angoisse. Pourtant bien à l'abri à l'intérieur, je devrais exulter. Pourtant seul sortir permettrait l'inévitable ressassement de la tranquillité. Et vider encore, et encore, l'incroyable torrent, qui gèle petit à petit la tempête intérieure.

Dimanche 28 février 2010 à 1:01

http://arkino.cowblog.fr/images/peintre.jpg
"Parce que je m'assois sur les marches du métro, et je sens l'air qui s'y engouffre. Les gens qui montent se demandent si je suis un mendiant devant lequel ils doivent passer sans se sentir trop mal. Ceux qui descendent essaient juste de m'éviter et claquent la langue d'un air agacé. Mon manteau est sous moi, et j'ai enfilé un T-shirt à la place de la chemise tachée qui tient sur mon épaule. J'entends un bateau qui passe sur la Seine, et soudain je prend conscience. De l'incroyable silence qui s'était installé dans Paris à ce moment précis. Cet incroyable silence qui m'a permis de distinguer les clapotis de l'eau. Cette infime fraction de seconde qui a créé un trou sonore que moi, au fond de mon refuge souterrain où personne ne me trouvera jamais, ait été le seul percevoir. 

Je me lève brusquement.
Le vacarme a repris.

Sur l'autre rive là-bas. Un peintre. Semblable à celui que j'avais photographié. Indifférent au bateau mouche qui s'éloigne. Je cours sur le trottoir en ne le quittant pas des yeux. J'essaie de maintenir ma veste et ma chemise qui manquent de s'envoler. Je cours, j'ai peur que le peintre là-bas ne soit qu'une illusion, qu'un mirage de mon esprit. Je traverse le pont, haletant. Je bouscule deux trois passants que j'ignore. Seul lui compte. Lui et son chevalet.

Je descends les marches deux à deux. Et ralentis le pas. Je m'approche doucement, pour ne pas lui faire peur. À pas feutrés je l'approche, comme s'il s'agissait d'un animal rare à capturer. Je regarde sa nuque. Pendant quelque secondes. Je ne sais pas ce qui m'a pris, ce qui m'a poussé irrémédiablement vers cet inconnu que je ne connais pourtant que trop bien. Une sorte de magnétisme issu d'une magie oubliée de la capitale.

-Je vous ai photographié cet été.

Il se retourne. À peine surpris. Il semble sortir d'une longue rêverie et ses lunettes carrées, posées au bout de son nez, appuient le fait qu'il me dévisage maintenant. Curieux, il m'observe maintenant, tranquillement avant de prononcer dans sa barbe grise un bref "ah bon." Je sors d'une enveloppe cartonnée, le cliché que je portait sur moi.

-Ce n'est pas moi. dit-il.

Et je me sens rougir. Décontenancé j'essaie de trouver la différence entre les chapeaux, les vêtements, mais tout paraît indiquer que c'est le même homme. Finalement il sourit et prend le cliché. Il le regarde, rigole, puis me le redonne, avant de se replonger dans sa peinture.

-Ce n'est pas moi, parce que c'est un autre tableau."

Les Fleurs. 2010


***

Il a admit par la suite que c'était bien lui que la photo montrait, mais que ce n'était pas vraiment lui parce qu'il peignait un autre tableau. Puis il a posé ses pinceaux et m'a expliqué que tout dans cette ville valait le coup d'oeil à condition que l'on s'arrête pour le regarder. C'était une de ces personnes que l'on croisait souvent en pensant: "c'est un original. Il divague." Et alors qu'il me parlait, et que je me noyais dans sa peinture, je sentais au plus profond de moi ce qu'il voulait dire. À chaque fois qu'il donne un coup de pinceau, il le vit, il le sent, c'est lui qui s'exprime. Il est dans sa peinture. Lorsqu'il l'a finit, une partie de lui meurt. "Chaque nouveau tableau, c'est un nouveau moi. Je prends mon tabouret, mon chevalet, mes pinceaux, je les pose et c'est une nouvelle partie de ma vie qui commence". 

Je crois que nous avons parlé pendant une heure. Surtout lui en fait. Nous ne nous connaissions pas, et rien ne nous rattachait ordinairement. Mais finalement je crois que le fait que j'eusse couru pour lui dire que je l'avais photographié l'a un peu ému.

Jeudi 25 février 2010 à 15:04

http://arkineus.free.fr/blog/aniversaire4ans.jpg

"J'ai passé un cinquième de ma vie avec ce blog."

 

C'est ce que je me suis dit hier soir en rentrant de ma deuxième vision d'Avatar pour finalement en conclure que ce genre de film n'était pas pour moi. 4 ans d'existence retranscrites ici pour finalement arriver à finir par parler à un vide. Introspection de l'inconscient, tableau d'envies et de coup de gueules, petit carnet de vie, méli-mélo de mots/maux, et confessions chuchotées à demi-mots avant d'être supprimées, censurées, rentrées dans les archives. En arrivant au décompte des 600 articles (une partie ayant été supprimée suite à un oubli de souscription premium) que dire? J'ai fait de tout et de rien. Surtout du rien, et surtout du tout.

Il est curieux tout de même de voir à quel point je ne peux me séparer de ce petit espace virtuel que je considère comme mien. Je l'ai personnalisé à ma guise, je continue de le changer sans cesse pour qu'il convienne le mieux possible à moi. Il fut un temps où durant des heures durant j'écrivais articles sur articles, je passais ma nuit à ça. Puis peu à peu ma capacité à rester éveillé s'est amoindrie et le travail scolaire s'est intensifié, par conséquent, je passe, je poste, je poste pas. Au fur et à mesure je deviens plus lecteur de ma vie qu'auteur. J'attends avec impatience les moments privilégiés où je pourrais me retrouver avec moi-même devant le même carré vierge inchangé depuis 2006, et laisser mes doigts glisser sur le clavier pour y taper ce qui se passe dans mon espace crânien.

Boîte à images, bientôt boîte à sons, j'y dépose ce que j'aime ce que je suis, sans crainte de jugement. Je suis un des plus anciens blog de cowblog (à l'époque c'était c0wbl0g bande de moules, et c'était chiant à taper!), et à l'époque, il y avait du monde que je connaissais via différents blogs. Puis la maturité l'a emporté et que très peu en ont gardé un, et ceux-ci ont déménagé. Mais cela m'a permis de faire de délicieuses rencontres.

J'ai lâché accidentellement il y a quelques jours que j'avais un blog à mes camarades de BTS. Etonnant de voir combien il est difficile de partager ce qu'on partageait avec ses amis de lycée. Ce n'est pas par crainte du jugement, mais par pudeur je pense. Il est alors amusant de voir combien je me noie sans cesse dans les contradictions. Peut-on réellement parler de pudeur lorsqu'il s'agit de blog? Peut-être est-il plus facile d'étaler une nudité à des gens que l'on a peu de chance de rencontrer par la suite...

Avec le recul, je me relis, je me revois. Exercice difficile de se revoir. De se demander ce que l'on a fait depuis. Est-ce mieux? Est-ce moins bien? Et si j'avais pris un autre chemin? Le blog aurait-il seulement survécu? Pourquoi est-ce si important pour moi que cet espace survive? En quête d'images, je revois peu à peu le cheminement dans mes recherches picturales, mes coups de coeur, mes penchants, l'évolution de mon goût. Passant de la guimauve au plus sérieux. Et je me dis que tout ça est un petit bout de moi. Les photos des autres, parfois les miennes, parfois moi, un monde imagé pour mon image virtuelle, et pourtant si réellement intérieure.

En pensant à mon dossier thématique sur l'acteur (et je devrais sérieusement m'y mettre) j'anticipais les questions que l'on me poserait à coup sûr pour me faire payer le harcèlement de mes précédents camarades ayant passé l'oral. "Ne pouvons nous pas dire à certaine mesure que nous sommes tous acteurs?" 

Sans hésiter OUI. Nous sommes tous acteurs. Parce que socialement nous nous forçons à l'être par le regarde de l'autre. Reste à savoir si cet artifice du comportement n'est pas véritablement le reflet de ce que nous sommes vraiment. Par conséquent notre artifice ne serait qu'un caractère vrai de notre moi profond qui ressort.

Ce blog est un endroit où je suis acteur. En mettant en forme mes mots, mes images, pour transmettre un message, je ne fais que vous parler de moi. Terriblement égocentrique le blog. Egocentrisme nécessaire. Et ce depuis 4 ans.

Autant dire que je ne regrette pas.

<< Page précédente | 1 | Page suivante >>

Créer un podcast